Démarche artistique
L'Art du feu
Michel Hindenoch nous dit que conter est un véritable « Art du Feu ».
Ce n’est pas pour rien que, de tout temps et en tous lieux, les contes se sont faits de nuit, autour d’un feu… En effet, le feu est à la fois lumière et chaleur. Une lumière qui éclaire, une chaleur qui apaise. Mais surtout, le feu, c’est la lumière et la chaleur vivantes. Il s’entretient, se transporte, se transmet, et il en va de même des contes. Lorsque je réveille un conte traditionnel, je ne prétends pas faire autre chose que de souffler sur les cendres d’un ancien foyer pour rallumer la flamme, m’y chauffer, et inviter tout ceux qui veulent à s’installer autour.
« L’Art de conter est un art du feu »
Michel Hindenoch, L’art de conter, ed Le jardin des mots
RACONTER EN MUSIQUE
La musique habite tous mes contes, aussi bien avec ses sons qu’avec ses silences; elle rythme l’histoire, crée un paysage sonore, véhicule du rêve, ne ne serait-ce que par l’aspect des divers instruments qui en sont le support.
cliquez sur les images pour accéder à la page détaillée de chaque instrument
Le mélodica
Le tambour d'océan
La guitare
La flûte ténor
Le merlin
Le koshi
Le chant
Pourquoi écouter, raconter des contes?
La transmission d'une culture millénaire
Je crois que nous avons le devoir de conter.
Les contes sont des trésors que les anciens ont déposés entre nos mains pour faire usage de leurs richesses.
Il faut venir puiser à ce trésor des temps anciens pour le partager à notre tour, et à notre manière.
Le conte, une médecine douce?
Ce n’est pas pour rien que mes contes comportent des instruments de musicothérapie.
Le conte a des vertus curatives: ouvrir l’imaginaire, c’est sortir du mental, entrer dans l’état poétique, se détendre, et par là même, régénérer.
Renforcer le courage, la foi dans sa destinée
En suivant le héros dans ses épreuves et en sortant victorieux, comme lui, la personne qui assiste à un spectacle de contes nourrit, en son cœur, l’espoir.
C’est un enseignement qui est ici virtuellement vécu: chacun, dans sa vie, connaîtra des épreuves. C’est une réalité. Mais chacun peut aussi en sortir triomphant et grandi !
Lutter contre l'uniformisation culturelle de la mondialisation
Telle qu’elle s’est faite, la mondialisation provoque une véritable désagrégation des cultures au profit d’une sorte de culture internationale sans âme, qui ne fait plus rêver et qui, même, au fond, effraie plutôt. C’est la civilisation mécanique, le règne de l’individu, la réduction de l’existence à une consommation sous toutes ses formes, le dédain du Rêve, du Sacré, de l’Art, qui se trouve trop souvent réduit à une « activité artistique ».
Le conte nous plonge avec délices dans des mondes lointains et exotiques et qui, pourtant, malgré tout ce qui oppose les civilisations lointaines, nous parle toujours; et mieux que tout autre chose, peut-être. Pourquoi? Parce que les contes traditionnels sont proprement universels en ce sens que leur contenu possède des éléments qui sont intrinsèques à l’être humain. Ils sont un outil essentiel pour rappeler à nos contemporains que jadis, le monde était fait d’une mosaïque de civilisations et que, s’il fut autrefois différent, il est possible qu’un jour prochain, il le soit aussi de nouveau.
Les contes opposent donc une pluralité de cultures contenant le trésor de la sagesse humaine à une pseudo-culture universelle qui n’est au fond qu’une coquille creuse.
Renouer avec la nature
On n’a jamais autant parlé d’écologie qu’à notre époque et pourtant, nous n’avons jamais autant pollué… Le danger de ce comportement contradictoire est de nourrir une hypocrisie générale qui n’arrange en rien les choses.
Les anciens et les peuples lointains n’ont pas eu besoin de penser le concept d’écologie pour vivre en harmonie avec leur environnement. Le contact avec la nature nous la fait connaître, et cette connaissance se transforme aisément en amour, car le monde est beau, et que, par nature, l’être humain aime le Beau.
Par leur puissance évocatrice, les contes assurent une rencontre magique avec la nature, en la présentant sous son jour merveilleux pour restaurer ce contact perdu, cet enchantement que le monde moderne a brisé.
Il y a du merveilleux dans notre quotidien.
« Le monde paraît sombre, pour qui a les yeux fermés » Proverbe indien
Eveillez votre sensibilité en recherchant les visages cachés dans ces photos…
Retrouver et nourrir le sens de l'innocence
« To see a World in a Grain of Sand
And a Heaven in a Wild Flower:
Hold Infinity in the palm of your hand
And Eternity in an hour. »
William Blake, Auguries of Innocence.
« Découvrir le monde dans un grain de sable
Et le Paradis dans une fleur sauvage:
Faire tenir l’Infini dans la paume de sa main
Et l’Eternité dans une heure. »
William Blake, Prémices d’innocence (traduction personnelle).
S’il y a quelque chose qui demeure trop souvent au pays de l’enfance, c’est bien le sens du Merveilleux. Chez l’enfant, ce sens est intimement lié à son innocence, comme le montre William Blake dans le poème ci-dessus. Ce n’est pas « grandir », que de perdre ses rêves: c’est se désenchanter. Le Rêve fait partie intégrante du Réel, car, au final, la vie est surtout intérieure.
Les contes proposent aux adultes de retrouver, l’espace d’un instant, cette magie qu’ils ont peut-être un peu perdue. Et chez les autres, chez ceux qui l’ont conservé –qu’ils soient adultes ou enfants– elle leur permet de la nourrir et de la développer.
Je me souviens, lors d’un spectacle, d’un adulte que j’avais remarqué dans la foule, parce qu’il semblait complètement béat. A la fin du spectacle, il est venu me voir et m’a remercié en me disant qu’il s’était senti comme un enfant. C’est seulement là que j’ai su que mon conte était réussi.
S’il y a quelque chose qui demeure trop souvent au pays de l’enfance, c’est bien le sens du Merveilleux. Chez l’enfant, ce sens est intimement lié à son innocence, comme le montre William Blake dans le poème ci-dessus. Ce n’est pas « grandir », que de perdre ses rêves: c’est se désenchanter. Le Rêve fait partie intégrante du Réel, car, au final, la vie est surtout intérieure.
Les contes proposent aux adultes de retrouver, l’espace d’un instant, cette magie qu’ils ont peut-être un peu perdue. Et chez les autres, chez ceux qui l’ont conservé –qu’ils soient adultes ou enfants– elle leur permet de la nourrir et de la développer.
Je me souviens, lors d’un spectacle, d’un adulte que j’avais remarqué dans la foule, parce qu’il semblait complètement béat. A la fin du spectacle, il est venu me voir et m’a remercié en me disant qu’il s’était senti comme un enfant. C’est seulement là que j’ai su que mon conte était réussi.
« La tristesse naît au point culminant de la joie, les Hommes disparaissent et les choses changent d’aspect. Au final, tout n’est qu’un songe. »
Cao Xuequin, Le rêve dans le pavillon rouge, ed.La Pléiade, Gaillimard.
Répertoire et procédé créatif
La plupart des contes de mon répertoire sont des contes de fées traditionnels.
Cela ne veut pas dire qu’i s’agit de « contes pour enfants », puisque, en réalité, ils étaient écoutés en commun, en des temps et des lieux où, plutôt que de séparer adultes, vieillards et enfants, on cherchait au contraire à rassembler les êtres humains.
Ainsi, ces contes fonctionnent par effet d’aspiration par le haut : chacun trouve des choses à y puiser, selon son âge, son goût et son développement personnel. Mais toujours, toujours, réside dans ces contes une part d’inexplicable, d’inaccessible, même pour le conteur; un mystère qu’il ne peut que transmettre, comme un aveugle donnerait une pièce d’or qu’il peut sentir mais qu’il ne peut pas voir. Et, à mes yeux, ce qui est le plus essentiel, c’est bien cette part d’indicible qui renferme toute la vitalité du conte.
Ces contes sont des contes de fées. C’est à dire qu’ils traitent tous du passage dans un autre monde, le monde des fées, du Merveilleux. Ce voyage qu’ils évoquent est en même temps vécu par le public, puisque, au final, le Pays des Fées, n’est-il pas un état dans lequel on peut se plonger ?
La genèse d'un conte: l'exemple du Ramayana
J’ai découvert le Ramayana à même les bas reliefs d’Angkor vat, au Cambodge, où il m’a été conté. J’ai alors relevé les bas relief et l’histoire en quelques notes sur mon carnet de voyage.
De retour à la maison, j’en ai fait une histoire d’ombres, toujours à partir de ces mêmes bas-reliefs. Rapidement, la musique est venue s’ajouter à l’histoire.
C’est la confection des ombres et donc les bas-reliefs d’Angkor-Vat qui ont déterminé les grandes étapes du conte, tel que je le présente aujourd’hui.
L'immersion
Pour conter, je voyage dans l’histoire, jusqu’à ce qu’elle devienne un véritable souvenir. Mais l‘imagination n’est qu’un puzzle. Essayez d’inventer une couleur qui n’existe pas. C’est impossible. Tout ce que l’on « invente » n’est qu’une composition réalisée à partir d’éléments du Réel que l’on juxtaposent entre eux. C’est la raison pour laquelle on retrouve la racine latine « trobar », qui signifie « trouver », dans le terme « troubadour ». Au Moyen Age, le troubadour, c’est celui qui trouve…
Ainsi pour conter, j’ai besoin de me nourrir du Réel, de lire les textes, bien sûr, mais aussi et surtout d’explorer les époques, les lieux. Cela peut passer par du travail de terrain: voyages, archéologie, surtout expérimentale : s’essayer aux Arts d’un époque, pour aller sa rencontre, et pouvoir en restituer l’âme.
L'éveil de l'état poétique
Conter, pour moi, c’est surtout être capable de se mettre dans ce que j’appellerais : « l’état poétique », un état dans lequel le Merveilleux est accessible à l’Homme.
Cet état se caractérise par une sensation de dilatement du temps, et d’inspiration profonde, ce que l’on peut rapprocher de ce que le docteur Mihaly Csikszentmihalyi a dénommé : le « Flow ».
Des exercices quotidiens visant à nourrir l’imaginaire et à renforcer les facultés de contemplation facilitent l’accès à cet état.
En spectacle, cet état est partagé par le conteur avec le public, qui se retrouve en sa compagnie, hors du temps, dans un Ailleurs fabuleux, entièrement plongé dans l’histoire.